La création de l’art et la littérature exigent un engagement constant, par Adam Donaldson Powell (Norvège)


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UN ENGAGEMENT CONSTANT.

La création de l’art et la littérature exigent un engagement constant.

L’ÉCRITURE – MA APPROCHE ET PHILOSOPHIE; DE LA PERSPECTIVE D’UN AUTEUR.

De la part d’un auteur qui utilise activement le multilinguisme comme technique … et également de la part de quelqu’un qui a vécu dans trois pays différents avec trois langues maternelles … je trouve le multilinguisme très intéressant. Bien sûr, je reconnais qu’il y a des problèmes inhérent à chaque langue employée et qu’il faut les surmonter en raison des différences culturelles, afin de ne pas mélanger les mots et les définitions. Parfois j’estime que je n’ai aucune “langue” du tout, entre l’anglais, le norvégien, l’espagnol et le français. Ce serait plus facile pour moi de vivre quelques années en France et ensuite peut-être un été dans un pays hispanophone au lieu de continuer à résider en Norvège en tant qu’expatrié.

Cependant, je ne suis pas tellement intéressé par l’anglais parfait, le norvégien parfait, l’espagnol parfait ou le français parfait dans mon écriture. D’ailleurs, la perfection existe-t-elle, même chez les monolingues? Je suis plus concerné par l’utilisation des langues dans leurs formes intrinsèques, voire expérimentales. Cela exige souvent plus de connaissance que je ne possède, donc je dois souvent chercher l’aide d’autres personnes et d’autres sources. Il y a beaucoup de recherche impliquée dans mon écriture. Ceci est aussi valable pour l’écriture dans ma propre langue maternelle : l’anglais. Quand je fais une analyse critique de jeunes auteurs je leur dis souvent de penser au niveau de la langue qu’ils utilisent parce que le niveau de la langue conditionne la performance et l’exécution théâtrale, à partir des émotions. Les mots rares ou précieux (des mots compliqués, obscurs et intellectuels) ont leur place et les mots plus populaires ou du language parlé, également. Ecrire – tout comme l’art – implique un engagement.. TOUT LE TEMPS! Quel niveau du langage, de la narration est approprié, et quels effets cela aura-t-il sur le lecteur ?

La création de l’art et la littérature exigent un engagement constant, ainsi que des rajustements, dès lors que la création commence à prendre vie et doit se définir vis-à-vis du lecteur.

Mes lecteurs me demandent souvent pourquoi je suis “contre la rime poétique. Je ne suis pas – en soi – contre la bonne rime pour autant que l’on sache ce qui est considéré comme bonne rime. Je crois que c’est la voix de poésie elle-même qui doit définir la forme … la rime féminine, la rime masculine, des variations sur des styles, pas de rime, le mètre externe, ce que je désigne comme “le mètre interne” (que l’on ne repère pas nécessairement en lisant rapidement la poésie, mais qui est bien là dans sa forme), le niveau de langue utilisé (des mots de 5 € contre des mots de 5000 €) est important car ils donnent le ton, la voix, ainsi que le degré de difficulté de la création. La question est alors celle-ci: quelle langue utiliser et quand (l’anglais uniquement, comme langue principale? l’utiliser avec les autres langues afin de créer un environnement multiculturel et multilingue ou une culture dite mondiale, en imitant la vie quotidienne dans toutes les sphères d’une culture donnée, en employant de surcroît des dialectes, ou peut-être le mot français ou espagnol au lieu du mot anglais ou norvégien, afin d’obtenir la plus juste expression – exemple: lorsque l’on dit ‘ciao’ en se quittant, dans plusieurs pays -, etc. Les poètes majeurs jusqu’au 21e siècle avaient un appui plus solide dans l’art de la rime. Rimer est beaucoup plus que la découverte de mots qui paraissent semblables musicalement et où le nombre des syllabes comptent. Le Haiku par exemple est beaucoup plus que le nombre de syllabes strict, car en procédant de la sorte on peut arriver à des résultats ridicules. Non, c’est l’esprit du Haiku qu’il faut respecter et non l’exactitude de son mètre. D’autre part, chaque mot possède sa force et son pouvoir de suggestion; particulièrement dans la poésie et les formes littéraires plus courtes – rien ne doit être perdu des intentions et de la force de l’auteur – parfois nous voulons raccourcir ou allonger des textes pour affecter le lecteur ou prêterau texte une certaine identité … cela vaut également pour l’utilisation des mots difficiles que la plupart des personnes doivent constamment consulter un dictionnaire.

La rime qui ne prend pas en compte les effets la musique du mot originel peut inconsciemment ennuyer le lecteur ou transformer une voix pleine d’humour en poésie plate … ainsi, les mots perdent leur signification première, ce qui par la même occasion, neutralise l’essence poétique elle-même.

Quand dois-je me décider quelles langues utiliser et comment ? C’est surtout dicté par la nature et le thème du texte, mais aussi par la culture … ou mieux, par “ma propre perception de la culture concernée”. Dans mon livre “Paradis”, qui est écrit en anglais, en français et en dialecte Tahitien, j’ai essayé de rester le plus simple possible, en m’approchant le plus possible du Tahitien parlé, le français dominant dans ce cas précis, tout en maintenant une certaine distance vis-à-vis des deux autres langues, la poésie anglaise dans le livre est la langue fonctionnelle et descriptive … elle est souvent le fait d’une impatience suggérée et du tumulte interne. Dans le même travail, j’alterne entre poésie et prose afin de créer le sens de la perte du temps et le ‘climat’ du Pacifique. Toutes ces décisions … et d’autres non mentionnées ici … sont consciemment et inconsciemment au travail par le truchement de créations littéraires et artistiques. Plus vous êtes mûr comme artiste, plus vous aspirez à “cette symphonie incroyable”. J’estime être un novice perpétuel … pourtant, je vise toujours très haut en espérant atteindre le paroxysme de la langue que j’utilise, quelle qu’elle soit, allant jusqu’à consulter divers méthodes linguistiques sur Internet, mais là il faut être prudent, car il y a à boire et à manger, et la qualité n’est pas souvent au rendez-vous.

D’autres décisions impliquent le rythme, le cadre, la quantité de détails, la vitesse à laquelle le lecteur entend lire le texte qui lui est soumis : Prenons l’exemple du Candide de Voltaire, ou mon roman “2014 : la vie et les aventures d’un ange incarné” – Il s’agit d’abord d’introduire le lecteur , pour ensuite le laisser voguer dans son imagination en lui donnant l’impression qu’il a écrit l’histoire lui/elle-même.

Beaucoup a été écrit sur règles de l’écriture, particulièrement quant à l’utilisation de la première, la troisième et la deuxième personne. Le défi est grand, car on ne raconte pas la même histoire à la 1ere, 2ème ou 3ème personne, et l’impact sur le lecteur peut être faussé. Un exemple illustre ce que je veux dire: les concertos de piano pour la main gauche seule, comme “le Quartet pour la fin des temps” qui avait été à l’origine écrit pour un violoncelliste ayant seulement trois cordes à son instrument, etc.

Je peux continuer jusqu’à l’infini…, mais il y a une cour de récréation énorme là-bas pour tous les auteurs. Et non seulement pour les auteurs, mais également pour les musiciens, les peintres et les artistes de la scène. Les règles servent à nous donne un contexte et une formation. Nous devons décider, selon nos propres émotions, comment les utiliser (ou ne pas les utiliser), la palette de styles, de formats, des genres étant très vaste, elle permet à certains même de créer de nouveaux genres qui transcendent le seul roman ou la seule poésie.

AMUSEZ-VOUS DONC ! Et si par accident ou si vous n’écoutez que votre intuition en ignorant le plan original, vous découvrez peut-être un nouveau chemin, allez-y, le voyage risque d’être passionnant.

– Adam Donaldson Powell

Autres livres multilingues ou bilingues que j’ai écrit, notamment:

Gaytude, Jisei, 2014, Le Paradis, Three-legged Waltz et The tunnel at the end of time.

Lire des extraits de ces livres à adamangel.wordpress.com

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